samedi 22 juillet 2017

J'étais là

Sereine. Oui c'est ça. Sereine. J'avais déjà tellement de fois imaginé comment faire cesser la douleur. Cette angoisse oppressante qui me tenaille tellement souvent. Cette colère qui brûle en moi à chaque instant. Cette violence qui traverse tout mon corps. Ces larmes qui m'envahissent. Et pourtant rien ne sort. La colère me consume et ne se manifeste qu'en explosion telle une cocotte minute sous pression. La violence navigue en moi et épuise toute mon énergie pour qu'elle ne ressorte pas. Les larmes ne coulent pas, prisonnières de toute cette maîtrise à l'extrême. Et l'angoisse reste.
J'avais tout préparé. Tellement organisé que le matin même on me disait que j'avais meilleure mine et que je semblais aller bien mieux. C'est vrai. J'étais prête.
J'ai embrassé mes enfants et en les laissant à la crèche et au centre de loisirs je leur est dit que je les aimait même au delà de l'univers. Puis je suis rentrée chez moi.
Le plan était simple. Avaler une boîte entière d'anxyolitiques puis prendre ma voiture et emprunter l'autoroute. La j'aurai roulé, roulé jusqu'à ce que le sommeil m'enbahisse, jusqu'à ce que les médicaments m'anhestesissent. J'imagine la glissière de sécurité, le choc, le calme. Enfin le calme. Toute la journée j'avais attendu un signe de Dieu. Quelque chose qui me dirait d'arrêter. Quelque chose qui me dirait "Ensemble on peux y arriver". Mais rien. Dieu et moi, il faut croire que c'est fini.
J'ai avalé un à un les médicaments. 30. Et j'ai reposé mon verre sur un dessin de ma grande. J'ai tourné la feuille, elle avait écrit "Maman je t'eim, maman tu es la plus bel la plus forte la meyeur. Maman san toi ia pu de soleil"
L'angoisse est devenue si forte. Le calme, le choc, la glissière de sécurité, l'autoroute.... Tout venait de faire marche arrière. Sauf les 30 anxyoliques avalés.
Je me suis assise dépitée au milieu de ma cuisine. Quoi faire maintenant à part attendre le sommeil lourd et pesant des médicaments ? Je pense a Dieu. Je me dit que si tout ce que j'ai pu croire depuis toute ma vie est vrai alors je me demande bien quel regard il pose sur moi à cet instant. J'ai honte. J'ai peur de moi, de ma vie, de qui je suis.
Un message envoyé, un appel d'une amie, le noir.
C'est là qu'au milieu de ma cuisine les pompiers m'ont secoué, interrogé, cherché les médicaments possibles... Mes yeux ne tenaient pas ouverts, la brume était tout autours de moi. Je me rappelle peu. Je sais qu'on me déplace. Je sais qu'on me parle. Je répond, ça a l'air assez cohérent. Je dors ainsi durant 19h.
Lorsque je réagis je suis dans une pièce avec 5 autres patients dont seul des rideaux nous séparent. Des hommes. Rien que des hommes. Une perfusion m'empêche de sortir de là. Je demande à ce qu'on me l'enlève  que je puisse sortir de cette pièce. L'aide soignante me dit que ce n'est pas possible. J'insiste en lui disant que c'est vraiment important. Elle me répète que c'est non. Je vois tout ces hommes autours de moi et cette colère qui m'envahit et je lui dit que si elle ne demande pas à ce qu'on me l'enlève je me débrouille toute seule et je pars d'ici. En souriant elle me répond que ce serait dommage que je me fasse mal et qu'en plus je n'ai pas de chaussures....
J'envois des messages à mon mari. Les enfants me manquent horriblement. J'ai peur pour eux. Peur de ne pas être avec eux. Lui semble galérer à faire un biberon et me pose des questions futiles sur les bodys et la marque des céréales. Mais ses questions me font de plus en plus peur. J'ai besoin d'être avec elles.
Alors je débranche moi même la perfusion, je m'habille et je me lève. Ça tourne, la brume revient dès que je suis debout et je n'ai effectivement pas de chaussures. Mais avec ma plus grande fausse décontraction je traverse tout les couloirs, dit poliment bonjour aux soignants que je croise (y compris l'aide soignante qui de toute évidence ne m'a pas reconnue) et sors des urgences en ayant souhaité une bonne journée à la dame de l'accueil. Tout ça pieds nus et le bras ensanglanté.
J'ai marché ainsi 20 minutes avant que mon mari ne viennent me prendre en voiture. J'ai embrassé mes filles et en les ayant contre moi j'ai réalisé toute la stupidité de la situation....
Parce que je n'y arriverai pas. Parce que je ne peux plus. Parce que je suis là sans y être vraiment.... Parce que j'ai l'envie malgré tout de connaître la fin de l'histoire.... Pour toutes ces raisons la difficile décision d'être hospitalisée à été prise. J'étais là. Je suis toujours là. Et demain....