mardi 20 août 2013

L'histoire d'Emma: L'amour (4/4 fin)

Ce dernier week end avec notre bébé a été le plus merveilleux de notre vie.
Le temps c'est arrêté. Plus de jours, plus de nuits. Juste des images, des souvenirs, de l'amour.

Durant ces instants la puéricultrice qui s'occupait d'Emma à été absolument exceptionnelle avec nous. Dans cette chambre, au milieu de toute,s ces machines il y avait des fous rires, de la joie. Je ne pouvais m'empêcher de trouver que cette pièce respirait l'amour.

Chaque jour on me mettait mon bébé dans mes bras. Plus de dix minutes de manipulation et plusieurs personnes réquisitionnés au milieu de tout ces fils pour me la poser délicatement dans mes bras.
Quelle bouffée d'oxygène que de sentir sa peau contre la mienne, son odeur si délicate. Pouvoir enfin l'embrasser, sentir sa douceur, sa chaleur! Je ne cessais de la bouffer du regard! Plus de machines, plus d'hôpital, plus ces "bip bip" angoissants, juste elle et nous. Je passais plus de 2h comme ça, sans oser bouger, sans oser faire passer le temps. Juste profiter de chaque seconde que la vie m'offrait.
Son papa n'osait pas la prendre dans ses bras. Impressionné par toutes les machines, peur d'arracher une perf, de lui faire mal...
De toute sa patience la puéricultrice lui proposait très souvent, jusqu'à ce qu'il lui réponde "j'aimerais la prendre dans mes bras mais j'ai peur d'imaginer que tout va bien. Je vois ma femme si souriante, si aimante, et j'ai peur. Peur de croire qu'elle rentrera à la maison, peur de... trop l'aimer"
"Vous l'aimez déjà. On aime jamais trop son enfant"
Enfin Emma goûta aux bras de son papa.

On lui raconta nos vies, on lui raconta a quel point on s'aimait. On lui parla de sa soeur et de ses bêtises. On lui expliqua aussi tout ce qu'on avait imaginé pour elle et comme elle aurait été avec sa soeur. On lui chanta les chansons préférés de sa soeur et on lui fit des promesses. On lui promit de s'aimer, toujours. On lui promit de penser à elle toute notre vie.
Je lui promis de me battre, de rester debout, pour elle, qui se battait tant.

Avec Emma on parla de l'avenir. On lui raconta la chambre qu'on avait préparé pour elle et qui peut être, un jour servira pour un petit frère ou une petite soeur. Avec elle on osa faire des projets. Pour sa soeur, pour nous, mais aussi pour elle. Elle était la vie et nous inspirait la vie.

On la prit en photo. Sur toute les coutures. Ses petites mains, ses longs cils, son petit nez. La puéricultrice nous prit en photo avec elle, avec notre appareil photo et avec l'appareil du service. Si belle, si douce.

Chaque matin la puéricultrice me laissait lui faire les soins du visage, la raffraichir et surtout la masser. Sentir ses petits bras et ses petites jambes sous mes doigts et pouvoir la toucher sans penser ni voir les tuyaux. Ses gestes si anodin mais tellement important dans ma vie de maman. Cette sensation d'agir enfin, de lui apporter quelque chose de moi, de me sentir exister dans sa vie. Grâce à ses quelques gestes je devenais sa maman, j'existais, elle existait.
La puéricultrice nous apportait plusieurs draps et les faisait choisir à son papa. On riait devant les drôles de couleurs de ces minuscules draps.

On décida de faire les empruntes de mains et de pieds d'Emma avec un kit en argile. Nous nous sommes tous retrouvé couverts d'argile, la pauvre puéricultrice n'arrivait plus à s'en débarrasser. Par réflexe Emma relevait toujours un orteille au contact de l'Argile et on riait aux éclats dans cette petite chambre remplit d'amour.

Quelques amis proches et membres de la famille sont venu voir Emma. La puéricultrice prenait toujours quelques minutes pour cacher la voie centrale avec le doudou d'Emma et mettre en scène quelques peluches pour cacher les fils, permettant de ne voir que la douceur de notre bébé, si parfait. Nous avons prié avec eux, beaucoup. Tous ensemble autour de ce petit bébé, chacun d'eux lui a transmit son amour et sa paix.
Emma avait ce visage reposé, ce visage détendu, cette paix que nous voulions tant pour elle.

Le dimanche soir nous avons décidé de rentrer dormir. Nous savions que le lendemain allait être une journée difficile. Je me suis penché sur Emma pour l'embrasser et lui dire "a demain". Au même instant elle ouvrit les yeux. On appela l'infirmière de nuit, paniqué de voir qu'elle se réveillait. Elles arrivèrent à deux pour vérifier la sedation, les catehters, aussi surprises que nous de la voir comme ça. Tout était bon et Emma continua durant une demi heure à tourner la tête, ouvrir les yeux, bouger les pieds, attraper le doigt de son papa et le serrer. Nous étions en larmes de bonheur, Dieu nous offrait un merveilleux cadeau: Notre fille nous disait au revoir. L'infirmière couru chercher son appareil photo pour la photographier les yeux ouverts et nous sommes partit serein et en paix. Nous nous étions chacun donné autant d'amour que durant toute une vie.

Le lendemain le medecin nous retrouva à nouveau dans cette salle de malheur pour parler une dernière fois avant de laisser Emma partir. Je prit la décision qu'elle partirait dans mes bras. Six jours avant j'avais accueilli son premier souffle, aujourd'hui c'était mon devoir de l'accompagner jusqu'au bout.
On me mit mon bébé dans les bras. On lui retira tout ces fils, ne laissant que la voie centrale. Enfin je pouvais embrasser mon enfant, passer mon doigt sur ses lèvres, sans la sonde gastrique ou le respirateur.
Le Medecin est allé chercher la cousine de mon Namoureux, puéricultrice dans ce service, confiant ces petits protégés a des collègues et lui permettant de rester auprès de nous.
A chaque étape elle nous disait de voir au delà de notre regard, au delà de ce que nos yeux voyaient. Lorsque nous avions si peur que notre fille souffre, elle nous rassurait ou dans le doute appelait le medecin pour augmenter les calmants. Elle nous disait par quelques mots ce qui allait se passer avant que les choses ne se passent. Posant sa main sur la mienne, me le chuchotant avec douceur. Elle était celle qui nous permettait de vivre ce moment non pas comme une souffrance mais comme un moment de paix, d'au revoir, ou tout simplement un moment pour lui dire "A bientôt"

Emma s' est battue pendant plus de 5h.
Durant ces 5h nous n'avons cessé de lui dire "je t'aime", de lui affirmer qu'elle était courageuse et combien nous étions fière d'elle. Nous lui disions qu'elle pouvait partir, ce qui l'attendait était bien plus beau. Plus de douleurs, plus de souffrances, juste la paix et l'amour de Dieu. Et Emma nous laissa...

Emma est venue au monde envoyée par Dieu pour nous apprendre à nous, ses parents, à vivre. Elle nous à donné un souffle nouveau, un regard d'amour sur le monde qui nous entoure. Elle nous a apprit que le miracle n'est pas toujours là où on l'attend mais que toute chose est parfaite entre les mains de Dieu.

La vie après Emma est belle, bien plus belle.


samedi 17 août 2013

L'histoire d'Emma: L'espoir (3/4)


l'interne en pédiatrie nous a accompagnée, Emma et moi, jusqu'à la radiologie. Ce petit bout de femme a été exceptionnelle. Bien entendu je pourrai lui reprocher de ne pas s'être alarmé au premier examen d'Emma, de nous avoir fait attendre jusqu'à l'après-midi... Mais son comportement à ce moment de l'histoire d'Emma suffit amplement à me montrer toute son humanité, chose si importante dans des moments pareil.
Tout le long des examens, Emma souffrait et cette interne ne m'a pas quitté une seule seconde. Elle caressait la tête de mon bébé, lui parlait avec douceur, me prenait ma main pour la mettre sur sa tête, m'encouragait à lui parler, et cette empathie si fortement ressenti m'a totalement porté.
L'echographie s'est déroulé comme un cauchemars éveillé. Un medecin puis deux, puis trois... Au total nous nous sommes retrouvé à 7 dans cette minuscule petite pièce sombre. J'entendai vaguement parler et dans ma tête je me disais que mon bébé avait hérité des problèmes intestinaux de sa grande soeur. J'avais comprit toute seule comme une grande qu'il y avait une occlusion, mais jamais je n'aurai imaginé ce qu'il en était réellement.
Plus ils appuyaient sur la sonde d'échographie, plus Emma vomissait cette substance verdatre... Et j'assistais totalement impuissante à sa détresse.
Un des medecins attrapa mon bébé et une autre me balanca cash au visage "votre bébé va très mal, c'est une Urgence vitale nous devons l'opérer immediatement. On la monte en réanimation pour la preparer, vous pouvez nous suivre."
Aussitôt l'interne me demanda si j'avais bien comprit. J'ai dit oui, mais bien entendu, je n'avais rien comprit. Je n'avais pas mesuré toute l'importance du terme "Urgence vitale", parce que jamais je n'aurai pu imaginer qu'on puisse un jour me dire ça à propos de mes enfants.
J'ai suivis le cortège des médecins qui poussait le berceau de mon bébé à travers ce labyrinthe de couloirs jusqu'au moment où le cortège a stoppé net. J'ai juste entendu "on y va" et le cortège a reprit, en courant et en me laissant derrière absolument paumée. L'interne me prit par le bras pour me faire avancer et m'expliqua que l'etat d'Emma se dégradait vite, qu'il fallait faire vite.
Lorsqu'on arriva dans le service de réanimation des dizaines de personnes s'activaient vivement autours de mon bébé.
Une femme m'entraîna dans une pièce à l'écart, me fit asseoir et m'expliqua qu'elle était le Chirurgien qui allait opérer Emma. Elle m'expliqua qu'Emma avait un volvulus du grêle, une torsion de l'intestin, et qu'il fallait dans un premier temps enlever cette torsion puis évaluer l'état de l'intestin et que si l'intestin était abimé il faudrait le placer au repos et poser une stomie. Dans la foulée un autre medecin arriva pour me faire signer l'autorisation d'opérer et l'anesthésiste me posa des dizaines de questions totalement flous pour moi.
L'interne me demanda à nouveau si j'avais comprit et si je voulais téléphoner à quelqu'un.
Je réalisa que depuis tout ce temps mon mari etait resté dans ma chambre avec la Grenouille. Je lui telephona et lui demanda de déposer au plus vite notre fille chez ses cousins et de me rejoindre le plus rapidement possible. L'interne prit le téléphone et expliqua tout à mon mari.
On me demanda si je voulais suivre mon bébé jusqu'a la porte du bloc opératoire. Lorsque je vis Emma je prit conscience de son état. Sa peau était maintenant verdatre, ses lèvres grises...
L'operation et le retour en réa dura 3h. 3h interminable passé sur une chaise dans les couloirs de la maternité. Mais quand je vis le chirurgien, le medecin de la réanimation et la sage-femme de la maternité arriver, je compris qu'il y avait eu un problème ...
On nous expliqua que l'intestin grêle était en quasi totalité nécrosé, qu'il n'en restait que 6cm. Le chirurgien avait seulement enlevé la torsion et refermé... On ne nous laissa que peu d'espoirs et le lendemain les spécialistes devaient tous se réunir pour évaluer les chances de survie d'Emma.
Je me suis mise a pleurer, à crier que c'etait mon bébé et à répéter en boucle que tout était parfait, qu'elle était parfaite, que ce n'était pas possible. Mon mari était effondré, il me serrait si fort dans ses bras qu'il aurait pu me briser un os. Je continuais à répéter en boucle "c'est pas possible" en tentant de réaliser que je ne rêvais pas...
A peine les médecins furent sortit que la Sage-femme se mit à pleurer. Elle nous demanda pardon. Pardon de ne pas avoir plus écouté lorsque je l'ai appelé, pardon de ne pas avoir réagit, pardon d'avoir induit tout le monde en erreur. Tout ce que je lui demanda c'est de me faire mes papiers de sortis immédiatement. C'est ce qu'elle fit. Et je me sauva de cette maternité pour rester au chevet de mon bébé deux étages plus bas.
Ce fut la première fois que je vis mon bébé avec tout ses tuyaux. J'avais terriblement peur. Peur de ne pas arriver a la toucher, peur de ne pas supporter de la voir comme ça. Mais lorsque je la vis, ce n'est pas le respirateur, la sonde gastrique ou le cathéter en Jugulaire que je contempla, mais juste elle, mon enfant.
Le lendemain ils décidèrent de ré-operer Emma. Le chirurgien nous expliqua que la veille ils n'avaient que réparer la torsion et vu 6cm de grêle saint mais que les spécialistes ne se prononçaient pas sans avoir fait le point sur l'état exact et précis du reste de l'intestin. On nous expliqua que cette 2em operation risquait de moins bien etre supporté par notre bebe. 2 operations en quelques heures à seulement 2jours de vie, ce n'est pas rien..
Quelques heures plus tard Emma repartit au bloc. Nous étions rempli d'espoirs. On n'opère pas deux fois un si petit bébé sans qu'il y est un espoirs, non?
L'operation dura plus de 3h. Au lieu de tourner en rond je monta à la maternité pour voir l'interne en pédiatrie. Je lui expliqua où en était Emma, mais en voyant la tristesse dans son regard je savais qu'elle était déjà au courant de tout et ne me laissait parler que parce que j'en avais terriblement besoin...
Emma remonta en réanimation tard dans la nuit....
Le lendemain matin les infirmières nous expliquereront qu'Emma avait encore mieux supporté l'opération que la première. Son petit coeur était impeccable et nous étions absolument remplis d'espoirs. Emma avait maintenant une Stomie et je me disais que même si la couleur de l'intestin était loin d'être joli, la Stomie qu'ils avaient mise était forcément un signe que notre enfant avait une chance de s'en sortir. Nous parlions déjà de l'organisation pour être auprès d'elle pendant les mois qu'il faudrait pour qu'elle guerrisse, nous imaginions déjà la prochaine rencontre avec sa grande soeur et je n'avais qu'un objectif: me battre pour elle.
L'apres-midi le medecin et le chirurgien demandèrent à nous voir. Dans cette salle de conférence, là où 3 jours plus tôt on m'expliquait que nos vies seraient transformées, on nous affirma qu'il n'y avait plus aucun espoirs... Il ne restait réellement plus que 6cm de grêle saint, le chirurgien avait retiré tout le grêle necrosé et avait laissé seulement 30cm de colon mis en stomie et proche de la nécrose. Mon bébé n'avait quasiment plus d'intestins...
Seul la sédation et une forte dose de Fentanyl lui permettait de ne pas souffrir et tout ces antidouleurs la contraignait au respirateur qui la maintenait en vie.
Aucune chance pour Emma de vivre et grandir.
Nous sommes partit de cet hopital. Nous avons crié, hurlé notre douleur. Nous avons prevenu la famille, les amis. Nous avons pleuré, nous avons lutté contre cet souffrance qui tombait sur nous...
Puis nous avons parlé durant des heures et avons décidé de passer un week-end avec notre enfant.
Lorsque nous sommes revenu auprès d'Emma nous avons demandé à voir le medecin et lui avons expliqué que nous souhaitions nous créer une histoire, un vecu avec notre fille. Nous souhaitions lui parler de nous, prier avec elle, lui chanter les chansons préféré de sa soeur et lui expliquer ce qui allait se passer. Le medecin décida que durant ce week end il levait pour nous les règles du service. Nous pouvions faire venir qui on voulait pour voir Emma, jour et nuit.
Ce fut le plus merveilleux week-end de ma vie de maman avec mon bébé...
(Suite demain)

















lundi 12 août 2013

L'histoire d'Emma: Insouciance (2/4)


Je repasse en boucle dans ma tête cette première soirée avec Emma. A quel moment s'est-elle mise à souffrir? Pourquoi n'ai-je rien vu?
Arrivée en chambre je suis restée des heures sans voir personne. Pas l'ombre d'une Sage-femme, encore moins d'une auxi puer. Mon bébé dormait tellement bien que je me suis dit qu'il était temps que je dorme aussi. Elle n'avait pas encore avalé une goutte de lait et je m'attendais à ce que son petit estomac réagisse dans la nuit. Pas de couches, pas de biberons et impossible de me mettre à dormir sans avoir tout sous la main.
J'ai sonné. Une fois, deux fois, trois fois et les heures ont défilé. Je me suis dit que c'était pas possible, ils n'avaient pas vu que la Sage-femme de la salle d'accouchement m'avait installée là!
J'ai ouvert la porte pour jeter un oeil dans le couloir. Calme plat, personne.
Impossible pour moi de me lancer à l'aventure pour rechercher quelqu'un en laissant mon bébé seul dans la chambre. J'ai hésité en la voyant si bien dormir, paisible, puis me suis dit qu'après tout on était dans le même bateau et qu'on partirait entre mère et fille ensemble à la recherche de quelqu'un. Je me rappele m'être excusé de la déranger, de l'avoir prit dans mes bras, embrassée et nous sommes partit toute les deux. La Sage-femme m'a vu débarqué d'un drôle d'oeil et après avoir expliqué ma situation, sans le moindre sourire, elle m'a dit qu'elle arrivait dans 5minutes.
De retour dans ma chambre, j'ai reposé Emma dans son berceau. Son visage n'était plus paisible. Ses sourcils étaient froncés, ses lèvres pincées et son front grimaçant.
"Vivement qu'ils arrivent ces fichus bibs, tu commences à avoir faim toi!"
Plus jamais elle n'a quitté cette expression de douleur.
C'est seulement 30mn plus tard que la Sage-Femme toujours aussi mal-aimable est arrivé. Emma avait déjà commencé à vomir trois ou quatre fois. Des glaires mélangé à des grumeaux jaunes.
Je lui ai aussitôt dit mais elle m'a dit en levant les yeux au ciel qu'elle avait bu un peu de liquide durant l'accouchement et que c'était pas un drame.
Durant toute la nuit Emma a vomi. De vrais vomissements, qui lui demandé des efforts. Les minutes passées et ce qu'elle rejetait devenait épais, vert. A 3 reprises j'ai sonné, demandant pourquoi c'etait vert, épais, aussi souvent. A 3 reprises la Sage-femme n'a pas dépassé le seuil de la porte me répondant sèchement que c'etait normal. A chaque fois qu'elle commencait à vomir je devais la relever pour ne pas qu'elle s'etouffe. Je savais qu'il y avait quelque chose, mais j'étais sa maman, et je me disais que je paniquais pour rien...
Au petit matin les vomissements se sont arrêté... Emma semblait totalement épuisée. Je me suis lancé à lui proposer un petit biberon mais rien qu'au contact de la tétine sur sa langue elle eu un haut le coeur.
L'Auxiliaire de Puericulture est passé. Je lui est raconté ma folle nuit. Elle m'a dit que la Sage-femme lui avait raconté mais devant le teint gris de mon bébé elle resta perplexe. Sa température était bonne mais sa fatigue sautait aux yeux... Elle me l'a mit en peau à peau et partit. Ce fut une catastrophe. Emma commenca a se recroqueviller de douleur. Son ventre la faisait souffrir. J'etais perdu et j'avais cette conviction profonde malgré tout ce qu'on me disait que tout ça n'etait pas normal.
Le sage-femme de la journée entra pour m'examiner. Il prit un bon moment pour parler avec moi au vu des difficultés que j'avais rencontré à la naissance de la Grenouille. On parla de Emma, cette revanche, cette petite fille qui allait changer mon rôle de maman et rattraper ce que je n'ai pas pu faire au tout debut de la vie de sa grande soeur. C'était Ma victoire.
L'interne en pediatrie arriva pour sa tournée du matin. Une personne absolument extraordinaire. Aussitôt elle comprit la douleur de Emma et m'expliqua qu'elle repasserait dans l'apres-midi voir où ça en était.
A peine fut elle sortit qu'Emma reprit à vomir, vert, réellement vert.
En début d'après-midi mon Namoureux et ma Grenouille arriva.
Ce fut le moment le plus magique de mon existence. La Grenouille n'avait jamais été aussi heureuse. Elle prit sa petite soeur dans les bras en disant "oh Maman! C'est mignon ça!" Elle compta ses petits doigts et la serra fort dans ses bras. Devant les grimaces de douleurs de Emma je calmais les ardeurs de ma grande et pourtant je sentais et voyais toute la douceur dans les gestes de ma Grenouille. Mon Namoureux sentit tout de suite mon inquiétude, et lorsque je lui raconta ma nuit, il me rassura sur mon coté "maman poule angoissée".
Le Sage-femme de la journée entra dans la chambre pour voir si tout allait bien et lorsqu il vit Emma dans les bras de sa grande soeur il prit le bebe et en tentant de ne pas nous alarmer expliqua à la Grenouille "je te rend ta petite soeur très vite, je la trouve un peu fatiguée je vais appeler le pédiatre
Emma est sortie, plus jamais elle ne reviendra dans cette chambre.
Plus jamais sa grande soeur ne la reverra. Jamais je n'aurai pu imaginer que pendant que nous prenions des tonnes de photos notre bébé était en train de mourir dans les bras de sa soeur...
Le Sage-Femme appela le pediatre au moment où elle se remit à vomir de plus belle cette substance verdatre. Il comprit. Les pediatres arriva, ils comprirent aussi. L'interne du matin entra dans ma chambre et m'expliqua que Emma allait partir en radio et Echo et que je pouvais l'accompagner et qu'elle, elle resterait avec moi.
Je suis sortie de cette chambre moi aussi, et tout comme mon enfant plus jamais je n'y retournerai...
En l'espace de 5 minutes notre vie venait de basculer du plus grand bonheur au moment le plus douloureux de notre existence.
(Suite demain)
















samedi 10 août 2013

L'histoire d'Emma: La Naissance (1/4)


Il y a encore quelques jours je pensais avoir vécu toutes les douleurs. J'ai 27ans, et en l'espace de toutes ces années j'ai connu l'humiliation la plus grande, la peur, l'angoisse, la sensation d'être souillée au plus profond de mon être, la souffrance physique, l'anorexie... et tant d'autres épreuves qui m'ont façonné et fait de moi ce que je suis. Je pensais avoir passé le pire. Mais le pire, c'est ce que j'ai vécu.
Le pire, mais à la fois le plus beau.
Laisse moi te raconter l'histoire d'une vie. Une vie en accélérée. La vie merveilleuse et extraordinaire de Emma, mon enfant.
Le 29 juillet mes yeux sont figés sur mon réveil. Toutes les 10 minutes les contractions sont là, cette vague qui monte et cette sensation que c'est pour bientôt. Mon bébé est prêt, il va bientôt faire son arrivé. Toute la nuit je ne quitte pas l'heure des yeux et après une bonne douche, je demande a mon Namoureux d'appeler ses cousins et de réveiller notre Grenouille pour leur amener. J'explique a ma grande fille, les yeux humides d'émotion que sa petite soeur n'a plus de place dans mon ventre et que je vais aller à l'hopital pour que le docteur m'aide à la faire naitre. Elle me répond "chouette!" toute joyeuse et se jette à mon cou pour un dernier câlin.
Nous arrivons à la maternité. J'explique en quelques mots mon choix d'accoucher sans peridurale et je tombe sur une sage-femme extraordinaire enthousiaste de vivre cette aventure avec nous. 1er examen, 1er monito et 1ere marche à pied autour de l'hôpital. Dans mon périple je suis obligé de stopper ma marche toute les 5minutes pour laisser passer cette vague douloureuse, tout en encourageant mon bébé. Enfin, on va se voir! Quel bonheur! Une des contractions me fait stopper prêt de la chambre mortuaire de l'hopital. Mon Namoureux et moi pensons à ces familles qui perdent un enfant. Je ne peux m'empêcher de lui dire "tu sais je ne pourrais pas survivre à ça, il n'y a rien de pire au monde pour une maman..."
Quelques heures plus tard je tourne en rond dans la chambre de la maternité mais rien à faire, le travail n'avance plus. La Sage-Femme me propose de percer la poche des eaux et de me mettre une perfusion de Calcium pour essayer d'accélérer naturellement le travail. Mais une fois la poche percée elle me prévient que la douleur sera plus forte.
Et je confirme, la douleur est plus forte! Maintenant coincé avec la perf et le monito, je manque carrement d'espace et je trouve une espèce de technique étrange pour résister à la douleur : je chante. Etrange mais efficace.
Voilà 7h que je suis arrivé à la maternité, mon Namoureux à mangé 2 paquets de chips, 3 paquets de bonbons et à bu 1litres d'oasis, sans parler de son répertoire de blagues déjà bien entamé. Je râle que c'est injuste, pour la Grenouille le travail c'est fait en 3h, ce n'est pas sensé etre plus rapide pour un 2em?
Avec son litre d'oasis engloutit mon Namoureux se sauve aux toilettes entre deux contractions. Mais pile au moment où il quitte la pièce et seulement 1mn après la dernière, une contraction gigantesque me surprend et j'etouffe un cri de surprise face à cette sensation à la fois bestiale et magique qui vient de se passer.
Cette fois, c'est le moment. Je sonne en tremblant mais deux sages-femmes et une auxiliaire sont là dans la demi-seconde. J'imagine que mon monito surveillé à distance à du les interpeller avant mon coup de sonnette. A peine sont-ils là que c'est partit, mon bébé demande à venir au monde, tout de suite!
Cette fois plus de self-controle, plus de chansonnette. La peur, la douleur insoutenable, le besoin de faire naitre mon enfant est incontrôlable. J'hurle de toute mes forces, et mon Namoureux arrive en courant absolument paniqué. Naturellement la douleur me fait accoucher presque assise. Je serre si fort la main de l'auxiliaire et de mon Namoureux que l'idee de leur broyer les os me vient à l'esprit. La douleur est tout simplement intenable, mes cris me transpercent les tympans. A peine deux contractions de cette souffrance et on me crit de ne plus pousser. Je sens mon enfant naître, je ne peux m'empêcher de crier "mon bébé, mon bébé!". On la pose sur mon ventre, elle est superbe, magnifique, toute chaude, toute douce. L'auxiliaire la stimule vivement. Je m'inquiète et mon Namoureux me répond sans même que j'ai à poser la question "elle va respirer, elle va respirer". Et là je la vois, prendre cette inspiration, ce souffle de vie et ce petit couinement. Elle est là, avec nous, mon bebe, mon enfant.
Emma, notre petite fille née le 30 juillet 2013 à 15h18. 46cm et 2,7kg.
Immédiatement son papa et moi avons un amour démesuré pour elle. Nous la trouvons magnifique et tout semble si facile! Elle nous regarde avec ses grands yeux, nous cherche au son de nos voix et s'aggripe si fort à mon doigt avec sa minuscule petite main!
On m'installe en chambre et mon Namoureux repart retrouver la Grenouille et lui montrer la photo de sa petite soeur qu'elle pourra rencontrer le lendemain.
Je me retrouve seule avec Emma. Je me sens comblée. Je n'arrête pas de dire "mes filles, mes filles". Je suis une maman entière, quelle revanche sur la vie! Comment aurais-je pu espérer être plus heureuse? J'ai tout ce dont je rêvais, rien ne peux être plus parfait.
Mais la nuit est arrivée. La nuit et la maladie...
(Suite demain)