jeudi 16 février 2017

Un monde où je ne suis pas

J'ai voulu préparer un monde où je ne suis pas. J'ai voulu laisser une trace de ce que je désirais pour mes enfants. J'ai voulu écrire l'avenir que je souhaitais leur laisser.
Pourtant je suis resté devant une page blanche.
Si je fais le choix d'un monde où je ne suis pas alors je n'ai plus mon mot à dire.
Si je fais le choix d'un monde où je ne suis pas alors je n'ai pas à imaginer d'avenir.
Les choses m'échapperont définitivement, le futur ne fera pas partie de mes plans.
Dans un monde où je ne suis pas il n'y a ni pleurs ni rires. Je n'y suis plus. Je n'y voit plus.
Pourtant je peux essayer d'imaginer des lieux, des idées, des images.
Je sais que mes enfants ne resteront pas en France. Je sais qu'elles feront leur avenirs dans la campagne Portugaise. Je sais qu'elles seront choyées par leur grand-mère. Je sais qu'elles auront de l'espace, de l'air et de l'océan.
Je sais aussi qu'elles ne connaîtront plus les sauts dans les flaques sous la pluie. Qu'elles ne verront plus la neige craquer sous leurs bottes.
Seront- elles tristes ou joyeuses ? Auront-elles leur père a leur côté dans toutes les étapes de leur vie?
Dans un monde où je ne suis pas je n'ai pas les réponses à ces questions, mais je sais que mon cœur n'explose plus dans ma poitrine. Je sais que je n'ai plus cette colère à l'intérieur de moi. Je sais que je ne lutte plus pour me réveiller chaque matin. Je sais que la peur ne me tenaille pas à chaque instant.
Dans un monde où je ne suis pas mes questions resteront toujours sans réponses...
Dans une monde où je ne suis pas le mal est déjà fait et  c'est trop tard pour y remédier...

jeudi 9 février 2017

Souffle de vie

Mon petit bébé est là, contre moi. Sa chaleur, son odeur, sa douceur... tout est là pour me souffler que tout va bien. Ça y est, enfin, ce combat est terminé.
Durant trois ans j'ai lutté pour ne pas sombrer après le décès de ma toute petite fille et voilà qu'aujourd'hui  la vie est de retour. La vie est là, toute neuve, toute nue, à téter frénétiquement, à m'envelopper  de douceur et à faire naître en moi un amour démesuré. Je chuchote son prénom comme pour la faire naître une deuxième fois. Je caresse son bras et dessine de mon doigt les contours de son corps comme pour la faire apparaître dans la pièce.
J'ai eu peur, tellement peur de la faire venir dans ce monde. J'ai crié que je ne voulais pas qu'elle meurre. La peur l'a emporté sur la douleur. Je ne voulais pas la perdre elle aussi. Je ne voulais plus survivre dans un monde où mon bébé n'est pas dans mes bras.
Mais elle était là, remplie du souffle de vie.
Je me suis répété des milliers de fois qu'elle allait bien mais je n'ai pas réussi à m'en convaincre. Je l'ai trouvé trop chaude, trop froide, trop pâle, trop rouge... J'ai trouvé sa respiration trop rapide puis trop lente... Dans cette pièce où quelques heures plus tôt mon bébé avait reçu le souffle de vie je venais de perdre le mien pour me mettre en apnée : et si on m'arrachait à nouveau mon bébé ?
Tout contre moi je sentais sa respiration et son souffle dans mon cou. Dans mes bras sa chaleur me réconfortait. Son odeur me paraissait indispensable à mon existence.
Désormais il me paraissait impossible de la quitter des yeux, de ne plus la sentir contre moi. Je devais la surveiller, la veiller, la protéger. Je devais vivre uniquement pour qu'elle vive. Je devais exister pour son existence...