Cette photo me percute de plein fouet. Elle représente toute cette destruction qu'il a opéré en moi. Son image me dégoûte, me donne envie de lui crier de la lâcher, de la laisser tranquille, de la laisser vivre. J'ai envie de lui retirer son sourire et sa fierté. J'ai entre 6 et 10 ans et ma vie semble déjà éteinte. Je suis là à arpenter les rues du quartier de mon école pour célébrer Noël avec mes camarades et nos lampions qui illuminent la nuit. Mais je n'ai pas de copains. J'ai juste un père qui me pousse pour avancer et m'oblige à afficher ce sourire faux. Il faut être une famille comme les autres. Etre heureux. Je ne vais pas aller courir avec les autres enfants, ni pousser des cris de joies devant les illuminations. Je vais rester sous les mains lourdes de mon père et espérer que rien ne puisse le mettre en colère. Je vais espérer qu'en rentrant à la maison il ne crira pas, qu'il ne cassera rien, qu'il ne frappera pas ma mère. Je vais espérer qu'il n'aura prévu aucun rendez vous nocturne qui m'obligerait à sortir dans la nuit froide pour enlever un nouveau bout de mon âme. Je vais continuer à sourire et être discrète pour être certaine de ne pas le contrarier.
J'aimerai mettre un peu de vie dans ce regard. J'aimerai mettre un peu d'innocence aussi. J'aimerai qu'il s'illumine un peu ce regard, mon regard. J'aimerai la prendre et l'enmener loin, cette petite fille qui n'est autre que moi.
