mardi 28 novembre 2017

Cette petite fille


Cette photo me fait tellement mal. Elle s'invite dans mes pensées. Elle raisonne comme une douleur sourde. Ce sourire tellement crispé. Ce regard vide. Cette obligation à être une petite fille heureuse, sage et surtout obéissante. Son sourire de fierté. Il est fière de sa poupée, de sa chose. Il me donne l'impression d'être si puissant, si influent. Ses mains qui me tiennent, qui me dirigent, qui m'aggripent. Son blouson de cuir et mon manteau de poils, symbol d'un luxe trafiqué, truqué. Mon visage maquillé, ma coiffure impeccable. Et pourtant ce regard si vide et ce sourire si faux...
Cette photo me percute de plein fouet. Elle représente toute cette destruction qu'il a opéré en moi. Son image me dégoûte, me donne envie de lui crier de la lâcher, de la laisser tranquille, de la laisser vivre. J'ai envie de lui retirer son sourire et sa fierté. J'ai entre 6 et 10 ans et ma vie semble déjà éteinte. Je suis là à arpenter les rues du quartier de mon école pour célébrer Noël avec mes camarades et nos lampions qui illuminent la nuit. Mais je n'ai pas de copains. J'ai juste un père qui me pousse pour avancer et m'oblige à afficher ce sourire faux. Il faut être une famille comme les autres. Etre heureux. Je ne vais pas aller courir avec les autres enfants, ni pousser des cris de joies devant les illuminations. Je vais rester sous les mains lourdes de mon père et espérer que rien ne puisse le mettre en colère. Je vais espérer qu'en rentrant à la maison il ne crira pas, qu'il ne cassera rien, qu'il ne frappera pas ma mère. Je vais espérer qu'il n'aura prévu aucun rendez vous nocturne qui m'obligerait à sortir dans la nuit froide pour enlever un nouveau bout de mon âme. Je vais continuer à sourire et être discrète pour être certaine de ne pas le contrarier.
J'aimerai mettre un peu de vie dans ce regard. J'aimerai mettre un peu d'innocence aussi. J'aimerai qu'il s'illumine un peu ce regard, mon regard. J'aimerai la prendre et l'enmener loin, cette petite fille qui n'est autre que moi.

vendredi 3 novembre 2017

Griffonné

C'est comme si les bases de mon château de cartes tremblaient. Comme si les fondations de mon existence devenaient meubles.... Les images circulent, me hantent, se sauvent...
Il y a lui.
Cette sensation de vouloir fuir, de courir.
Pourquoi ?
Cette impression d'être en danger.
Comment ?
Je ne vois que mon père. Son sourire de satisfaction qui m'effraie encore plus que ses cris. Je me sens si fragile. J'ai tellement besoin qu'on me protège. J'ai peur. Je n'arrive pas a comprendre les images qui me traversent et pourtant elles me font mal comme un coup de poignard. J'ai peur de chercher ces images car elles m'infantilise, me donne cette sensation d'être une enfant abandonnée.
Le besoin d'être prise dans les bras est si grand, si fort.
Elle ne l'a jamais fait, elle, ma mère. J'ai envie de lui hurler "pourquoi tu n'as pas su m'aimer comme les autres mères ?" . 
J'ai trop peur de chercher dans  ces images. Je les laisse m'envahir autant que le sommeil. J'ai envie de faire disparaitre mon corps encombrant et écoeurant.
Je n'ai que cette phrase prononcé par mon pere qui raisonne avec l'image de son sourire "Tu n'es qu'une pute" .
Je me répète moi-meme cette phrase tellement souvent....
Elle m'enveloppe et se mêle a mon envie de m'endormir.
Cette nuit je ne lutterai pas.
Venez me broyer, souvenirs de mon enfance déchiqueté ....