Elle se fait présente dans tout mon corps. Discrète à des moments, envahissante à d'autres, insurmontable quelques fois. Elle est dans mon ventre, dans mon cœur. Elle se faufile dans mes poumons et parfois elle s'invite jusqu'à mes membres. Elle me serre si fort, jusqu'à empêcher toute pensée, tout raisonnement, toute vie.
Parfois la douleur est si forte que je me dit que ce n'est pas possible, ça ne peux pas être ça. Dans ces moments je ne sais plus comment survivre.
Je ne la comprend pas, je ne me comprend plus. Je ne sais même pas comment j'ai pu en arriver là. Ce n'est pas moi. Je suis fatiguée, épuisée de lutter contre elle.
Elle me fait peur. Peur qu'elle s'invite lorsque je ne suis pas seule. Peur qu'elle devienne insurmontable lorsque je ne suis pas chez moi. Peur qu'elle se voit de l'extérieur.
Lorsqu'elle devient insurmontable elle s'installe doucement prenant le temps de me torturer de l'intérieur et ne me laissant jamais envisager à quel point elle va cesser son ascension. Elle part de mon ventre, retournant mon estomac, me laissant cet écoeurement, cette nausée désagréable. Elle me glace de l'intérieur. J'ai froid, si froid. Mes mains me font mal. Comme si les ouvrir allaient briser mes articulations. Elle s'installe dans tout mon être et j'ai la sensation de ne plus savoir respirer.
Puis c'est la peur, la colère. Elle m'oppresse et je tremble tellement que tout mon corps me fait mal. J'ai envie de hurler, de taper, d'avoir mal. J'ai envie de me griffer, de me taper. Je veux qu'elle cesse, je ne veux plus être moi. Je me déteste tellement. Tout tourne dans ma tête: L'agonie d'Emma, les hurlements de Juju, la peur de la perdre, cette violence qui se cache dans mon cœur. Et Lui. Ses cris, ses coups, la peur. Je me dégoute tellement. Je voudrais disparaitre, mourir, souffrir. Je sais que je n'en est pas le droit. Je sais que je ne peux pas laisser mes enfants. Plus rien à de sens. Je voudrais pleurer. Pleurer pour qu'elle sorte de moi, qu'elle quitte mon corps. Je voudrais pleurer pour souffler, respirer. J'ai tellement peur de perdre mes enfants. Tellement peur d'être séparée de mes filles.
Je suis tellement écoeuré, mon estomac me fait tellement mal. Je voudrais tellement disparaitre et que tout s'arrête. Je veux que cette nausée cesse. J'avale un grand verre d'eau, aussi vite que possible. Mon estomac est secoué, tellement malmené. J'enfonce mes doigts dans ma gorge jusqu'à en avoir mal, jusqu'à en vomir, jusqu'à ce qu'elle cesse, cette angoisse qui me détruit de l'intérieur.
Elle s'efface jusqu'à me laisser là. Minable, seule, mes larmes encore à l'intérieur. Je peux à nouveau respirer. Doucement je peux me relever. Je reprend possession de mes idées. Je me sens si nulle.
Mes dents ont laissé des traces sur mes doigts tellement j'ai eu du mal à maîtriser cette violence. Mon estomac est tellement vide qu'il me donne la sensation d'être à nouveau légère.
J'ai tellement peur que cette angoisse apparaisse lorsque je ne suis pas seule. Mais j'ai aussi tellement peur lorsque je vit ça seule, mon bébé dans la pièce à côté, me donnant cette impression d'être tellement une mauvaise mère. Je voudrais que ça cesse. Je voudrais ne plus avoir si peur que je veux en mourir.
Je veux qu'elle disparaisse cette angoisse qui détruit mon être.
Journal de bord de Babou[shka]. Journal d'une (re)construction. Journal d'une vie.