vendredi 24 mars 2017

Quelqu'un de bien

Je ne suis pas quelqu'un de bien.

C'est une conviction profonde encrée en moi depuis toujours. C'est tellement de raisons, de souvenirs, de ressentis, de situations, qui a chaque fois me met face à ce sentiment profond et douloureux : je ne suis pas quelqu'un de bien.
Je ne suis pas une bonne mère. J'ai toute cette violence dans mes tripes que je dois sans cesse étouffer et faire taire. Je me bas au quotidien pour la dompter et la faire disparaitre ne laissant rien transparaître. Mais à l'intérieur, je ne suis pas quelqu'un de bien.
Je ne suis pas une bonne épouse. J'ai ce besoin sans cesse de provoquer, de vérifier qu'on m'aime, de susciter la jalousie, de chercher souvent jusqu'au contact physique, de pousser l'autre jusqu'à la limite de la patience. J'aimerai être autrement, je me sais difficile à vivre, je ne suis pas quelqu'un de bien. Je ne suis pas une bonne personne. Je ne suis pas intéressante, je papillonne de poste en poste sans jamais garder un travail très longtemps, je me décourage au quart de tour, je ne suis pas persévérante, je ne suis pas intelligente et je ne me rattrape nullement par la beauté. Je n'ai qu'une conversation limitée et une instruction basic et sans intérêt. Je m'enfuie lorsque les choses sont difficiles, j'abandonne quand il faut donner de sa personne. Bref, je ne suis pas quelqu'un de bien.

Mais en vérité comment pourrais-je être quelqu'un de bien? Ces hommes ont piétiné mon enfance, mon insouciance. Ils ont offert de l'argent pour mon corps frêle et puéril. À l'âge où je n'avais nullement conscience de la pudeur la mienne a été mise en pâture. Ils ont joué de mon intimité à peine existante, ils m'ont salit de l'intérieur de cette saleté impossible à laver. Ils ont détruit mon âme, ils ont coupé mon souffle. Je n'ai pas eu le temps d'être quelqu'un de bien. Je n'ai pas eu le temps de me construire. En un instant leurs mains ont détruits mon corps. Leur sexe ont pourri mon être. Leurs lèvres ont fait entrer la colère en moi. Leur souffle ont fait cesser toute envie d'avancer. Chaque semaine ils ont fait entrer en moi cette envie de disparaitre. Chaque fois qu'ils jouaient de mon corps mon âme s'effritait. Chaque instant en leur compagnie transportait mon esprit là où l'insouciance n'aurait jamais dû disparaitre.
J'étais leur prostitué, leur poupée, leur jouet. J'étais une enfant. Ils étaient l'autorité. J'étais le silence. Ils étaient l'obligation.
J'ai accepté, j'ai capitulé. Sous leur corps lourds et sales, sous leur souffle nauséabond, j'ai fermé les yeux et j'ai décidé: je ne serais pas quelqu'un de bien.