jeudi 9 février 2017

Souffle de vie

Mon petit bébé est là, contre moi. Sa chaleur, son odeur, sa douceur... tout est là pour me souffler que tout va bien. Ça y est, enfin, ce combat est terminé.
Durant trois ans j'ai lutté pour ne pas sombrer après le décès de ma toute petite fille et voilà qu'aujourd'hui  la vie est de retour. La vie est là, toute neuve, toute nue, à téter frénétiquement, à m'envelopper  de douceur et à faire naître en moi un amour démesuré. Je chuchote son prénom comme pour la faire naître une deuxième fois. Je caresse son bras et dessine de mon doigt les contours de son corps comme pour la faire apparaître dans la pièce.
J'ai eu peur, tellement peur de la faire venir dans ce monde. J'ai crié que je ne voulais pas qu'elle meurre. La peur l'a emporté sur la douleur. Je ne voulais pas la perdre elle aussi. Je ne voulais plus survivre dans un monde où mon bébé n'est pas dans mes bras.
Mais elle était là, remplie du souffle de vie.
Je me suis répété des milliers de fois qu'elle allait bien mais je n'ai pas réussi à m'en convaincre. Je l'ai trouvé trop chaude, trop froide, trop pâle, trop rouge... J'ai trouvé sa respiration trop rapide puis trop lente... Dans cette pièce où quelques heures plus tôt mon bébé avait reçu le souffle de vie je venais de perdre le mien pour me mettre en apnée : et si on m'arrachait à nouveau mon bébé ?
Tout contre moi je sentais sa respiration et son souffle dans mon cou. Dans mes bras sa chaleur me réconfortait. Son odeur me paraissait indispensable à mon existence.
Désormais il me paraissait impossible de la quitter des yeux, de ne plus la sentir contre moi. Je devais la surveiller, la veiller, la protéger. Je devais vivre uniquement pour qu'elle vive. Je devais exister pour son existence...