mardi 20 août 2013

L'histoire d'Emma: L'amour (4/4 fin)

Ce dernier week end avec notre bébé a été le plus merveilleux de notre vie.
Le temps c'est arrêté. Plus de jours, plus de nuits. Juste des images, des souvenirs, de l'amour.

Durant ces instants la puéricultrice qui s'occupait d'Emma à été absolument exceptionnelle avec nous. Dans cette chambre, au milieu de toute,s ces machines il y avait des fous rires, de la joie. Je ne pouvais m'empêcher de trouver que cette pièce respirait l'amour.

Chaque jour on me mettait mon bébé dans mes bras. Plus de dix minutes de manipulation et plusieurs personnes réquisitionnés au milieu de tout ces fils pour me la poser délicatement dans mes bras.
Quelle bouffée d'oxygène que de sentir sa peau contre la mienne, son odeur si délicate. Pouvoir enfin l'embrasser, sentir sa douceur, sa chaleur! Je ne cessais de la bouffer du regard! Plus de machines, plus d'hôpital, plus ces "bip bip" angoissants, juste elle et nous. Je passais plus de 2h comme ça, sans oser bouger, sans oser faire passer le temps. Juste profiter de chaque seconde que la vie m'offrait.
Son papa n'osait pas la prendre dans ses bras. Impressionné par toutes les machines, peur d'arracher une perf, de lui faire mal...
De toute sa patience la puéricultrice lui proposait très souvent, jusqu'à ce qu'il lui réponde "j'aimerais la prendre dans mes bras mais j'ai peur d'imaginer que tout va bien. Je vois ma femme si souriante, si aimante, et j'ai peur. Peur de croire qu'elle rentrera à la maison, peur de... trop l'aimer"
"Vous l'aimez déjà. On aime jamais trop son enfant"
Enfin Emma goûta aux bras de son papa.

On lui raconta nos vies, on lui raconta a quel point on s'aimait. On lui parla de sa soeur et de ses bêtises. On lui expliqua aussi tout ce qu'on avait imaginé pour elle et comme elle aurait été avec sa soeur. On lui chanta les chansons préférés de sa soeur et on lui fit des promesses. On lui promit de s'aimer, toujours. On lui promit de penser à elle toute notre vie.
Je lui promis de me battre, de rester debout, pour elle, qui se battait tant.

Avec Emma on parla de l'avenir. On lui raconta la chambre qu'on avait préparé pour elle et qui peut être, un jour servira pour un petit frère ou une petite soeur. Avec elle on osa faire des projets. Pour sa soeur, pour nous, mais aussi pour elle. Elle était la vie et nous inspirait la vie.

On la prit en photo. Sur toute les coutures. Ses petites mains, ses longs cils, son petit nez. La puéricultrice nous prit en photo avec elle, avec notre appareil photo et avec l'appareil du service. Si belle, si douce.

Chaque matin la puéricultrice me laissait lui faire les soins du visage, la raffraichir et surtout la masser. Sentir ses petits bras et ses petites jambes sous mes doigts et pouvoir la toucher sans penser ni voir les tuyaux. Ses gestes si anodin mais tellement important dans ma vie de maman. Cette sensation d'agir enfin, de lui apporter quelque chose de moi, de me sentir exister dans sa vie. Grâce à ses quelques gestes je devenais sa maman, j'existais, elle existait.
La puéricultrice nous apportait plusieurs draps et les faisait choisir à son papa. On riait devant les drôles de couleurs de ces minuscules draps.

On décida de faire les empruntes de mains et de pieds d'Emma avec un kit en argile. Nous nous sommes tous retrouvé couverts d'argile, la pauvre puéricultrice n'arrivait plus à s'en débarrasser. Par réflexe Emma relevait toujours un orteille au contact de l'Argile et on riait aux éclats dans cette petite chambre remplit d'amour.

Quelques amis proches et membres de la famille sont venu voir Emma. La puéricultrice prenait toujours quelques minutes pour cacher la voie centrale avec le doudou d'Emma et mettre en scène quelques peluches pour cacher les fils, permettant de ne voir que la douceur de notre bébé, si parfait. Nous avons prié avec eux, beaucoup. Tous ensemble autour de ce petit bébé, chacun d'eux lui a transmit son amour et sa paix.
Emma avait ce visage reposé, ce visage détendu, cette paix que nous voulions tant pour elle.

Le dimanche soir nous avons décidé de rentrer dormir. Nous savions que le lendemain allait être une journée difficile. Je me suis penché sur Emma pour l'embrasser et lui dire "a demain". Au même instant elle ouvrit les yeux. On appela l'infirmière de nuit, paniqué de voir qu'elle se réveillait. Elles arrivèrent à deux pour vérifier la sedation, les catehters, aussi surprises que nous de la voir comme ça. Tout était bon et Emma continua durant une demi heure à tourner la tête, ouvrir les yeux, bouger les pieds, attraper le doigt de son papa et le serrer. Nous étions en larmes de bonheur, Dieu nous offrait un merveilleux cadeau: Notre fille nous disait au revoir. L'infirmière couru chercher son appareil photo pour la photographier les yeux ouverts et nous sommes partit serein et en paix. Nous nous étions chacun donné autant d'amour que durant toute une vie.

Le lendemain le medecin nous retrouva à nouveau dans cette salle de malheur pour parler une dernière fois avant de laisser Emma partir. Je prit la décision qu'elle partirait dans mes bras. Six jours avant j'avais accueilli son premier souffle, aujourd'hui c'était mon devoir de l'accompagner jusqu'au bout.
On me mit mon bébé dans les bras. On lui retira tout ces fils, ne laissant que la voie centrale. Enfin je pouvais embrasser mon enfant, passer mon doigt sur ses lèvres, sans la sonde gastrique ou le respirateur.
Le Medecin est allé chercher la cousine de mon Namoureux, puéricultrice dans ce service, confiant ces petits protégés a des collègues et lui permettant de rester auprès de nous.
A chaque étape elle nous disait de voir au delà de notre regard, au delà de ce que nos yeux voyaient. Lorsque nous avions si peur que notre fille souffre, elle nous rassurait ou dans le doute appelait le medecin pour augmenter les calmants. Elle nous disait par quelques mots ce qui allait se passer avant que les choses ne se passent. Posant sa main sur la mienne, me le chuchotant avec douceur. Elle était celle qui nous permettait de vivre ce moment non pas comme une souffrance mais comme un moment de paix, d'au revoir, ou tout simplement un moment pour lui dire "A bientôt"

Emma s' est battue pendant plus de 5h.
Durant ces 5h nous n'avons cessé de lui dire "je t'aime", de lui affirmer qu'elle était courageuse et combien nous étions fière d'elle. Nous lui disions qu'elle pouvait partir, ce qui l'attendait était bien plus beau. Plus de douleurs, plus de souffrances, juste la paix et l'amour de Dieu. Et Emma nous laissa...

Emma est venue au monde envoyée par Dieu pour nous apprendre à nous, ses parents, à vivre. Elle nous à donné un souffle nouveau, un regard d'amour sur le monde qui nous entoure. Elle nous a apprit que le miracle n'est pas toujours là où on l'attend mais que toute chose est parfaite entre les mains de Dieu.

La vie après Emma est belle, bien plus belle.