samedi 17 août 2013

L'histoire d'Emma: L'espoir (3/4)


l'interne en pédiatrie nous a accompagnée, Emma et moi, jusqu'à la radiologie. Ce petit bout de femme a été exceptionnelle. Bien entendu je pourrai lui reprocher de ne pas s'être alarmé au premier examen d'Emma, de nous avoir fait attendre jusqu'à l'après-midi... Mais son comportement à ce moment de l'histoire d'Emma suffit amplement à me montrer toute son humanité, chose si importante dans des moments pareil.
Tout le long des examens, Emma souffrait et cette interne ne m'a pas quitté une seule seconde. Elle caressait la tête de mon bébé, lui parlait avec douceur, me prenait ma main pour la mettre sur sa tête, m'encouragait à lui parler, et cette empathie si fortement ressenti m'a totalement porté.
L'echographie s'est déroulé comme un cauchemars éveillé. Un medecin puis deux, puis trois... Au total nous nous sommes retrouvé à 7 dans cette minuscule petite pièce sombre. J'entendai vaguement parler et dans ma tête je me disais que mon bébé avait hérité des problèmes intestinaux de sa grande soeur. J'avais comprit toute seule comme une grande qu'il y avait une occlusion, mais jamais je n'aurai imaginé ce qu'il en était réellement.
Plus ils appuyaient sur la sonde d'échographie, plus Emma vomissait cette substance verdatre... Et j'assistais totalement impuissante à sa détresse.
Un des medecins attrapa mon bébé et une autre me balanca cash au visage "votre bébé va très mal, c'est une Urgence vitale nous devons l'opérer immediatement. On la monte en réanimation pour la preparer, vous pouvez nous suivre."
Aussitôt l'interne me demanda si j'avais bien comprit. J'ai dit oui, mais bien entendu, je n'avais rien comprit. Je n'avais pas mesuré toute l'importance du terme "Urgence vitale", parce que jamais je n'aurai pu imaginer qu'on puisse un jour me dire ça à propos de mes enfants.
J'ai suivis le cortège des médecins qui poussait le berceau de mon bébé à travers ce labyrinthe de couloirs jusqu'au moment où le cortège a stoppé net. J'ai juste entendu "on y va" et le cortège a reprit, en courant et en me laissant derrière absolument paumée. L'interne me prit par le bras pour me faire avancer et m'expliqua que l'etat d'Emma se dégradait vite, qu'il fallait faire vite.
Lorsqu'on arriva dans le service de réanimation des dizaines de personnes s'activaient vivement autours de mon bébé.
Une femme m'entraîna dans une pièce à l'écart, me fit asseoir et m'expliqua qu'elle était le Chirurgien qui allait opérer Emma. Elle m'expliqua qu'Emma avait un volvulus du grêle, une torsion de l'intestin, et qu'il fallait dans un premier temps enlever cette torsion puis évaluer l'état de l'intestin et que si l'intestin était abimé il faudrait le placer au repos et poser une stomie. Dans la foulée un autre medecin arriva pour me faire signer l'autorisation d'opérer et l'anesthésiste me posa des dizaines de questions totalement flous pour moi.
L'interne me demanda à nouveau si j'avais comprit et si je voulais téléphoner à quelqu'un.
Je réalisa que depuis tout ce temps mon mari etait resté dans ma chambre avec la Grenouille. Je lui telephona et lui demanda de déposer au plus vite notre fille chez ses cousins et de me rejoindre le plus rapidement possible. L'interne prit le téléphone et expliqua tout à mon mari.
On me demanda si je voulais suivre mon bébé jusqu'a la porte du bloc opératoire. Lorsque je vis Emma je prit conscience de son état. Sa peau était maintenant verdatre, ses lèvres grises...
L'operation et le retour en réa dura 3h. 3h interminable passé sur une chaise dans les couloirs de la maternité. Mais quand je vis le chirurgien, le medecin de la réanimation et la sage-femme de la maternité arriver, je compris qu'il y avait eu un problème ...
On nous expliqua que l'intestin grêle était en quasi totalité nécrosé, qu'il n'en restait que 6cm. Le chirurgien avait seulement enlevé la torsion et refermé... On ne nous laissa que peu d'espoirs et le lendemain les spécialistes devaient tous se réunir pour évaluer les chances de survie d'Emma.
Je me suis mise a pleurer, à crier que c'etait mon bébé et à répéter en boucle que tout était parfait, qu'elle était parfaite, que ce n'était pas possible. Mon mari était effondré, il me serrait si fort dans ses bras qu'il aurait pu me briser un os. Je continuais à répéter en boucle "c'est pas possible" en tentant de réaliser que je ne rêvais pas...
A peine les médecins furent sortit que la Sage-femme se mit à pleurer. Elle nous demanda pardon. Pardon de ne pas avoir plus écouté lorsque je l'ai appelé, pardon de ne pas avoir réagit, pardon d'avoir induit tout le monde en erreur. Tout ce que je lui demanda c'est de me faire mes papiers de sortis immédiatement. C'est ce qu'elle fit. Et je me sauva de cette maternité pour rester au chevet de mon bébé deux étages plus bas.
Ce fut la première fois que je vis mon bébé avec tout ses tuyaux. J'avais terriblement peur. Peur de ne pas arriver a la toucher, peur de ne pas supporter de la voir comme ça. Mais lorsque je la vis, ce n'est pas le respirateur, la sonde gastrique ou le cathéter en Jugulaire que je contempla, mais juste elle, mon enfant.
Le lendemain ils décidèrent de ré-operer Emma. Le chirurgien nous expliqua que la veille ils n'avaient que réparer la torsion et vu 6cm de grêle saint mais que les spécialistes ne se prononçaient pas sans avoir fait le point sur l'état exact et précis du reste de l'intestin. On nous expliqua que cette 2em operation risquait de moins bien etre supporté par notre bebe. 2 operations en quelques heures à seulement 2jours de vie, ce n'est pas rien..
Quelques heures plus tard Emma repartit au bloc. Nous étions rempli d'espoirs. On n'opère pas deux fois un si petit bébé sans qu'il y est un espoirs, non?
L'operation dura plus de 3h. Au lieu de tourner en rond je monta à la maternité pour voir l'interne en pédiatrie. Je lui expliqua où en était Emma, mais en voyant la tristesse dans son regard je savais qu'elle était déjà au courant de tout et ne me laissait parler que parce que j'en avais terriblement besoin...
Emma remonta en réanimation tard dans la nuit....
Le lendemain matin les infirmières nous expliquereront qu'Emma avait encore mieux supporté l'opération que la première. Son petit coeur était impeccable et nous étions absolument remplis d'espoirs. Emma avait maintenant une Stomie et je me disais que même si la couleur de l'intestin était loin d'être joli, la Stomie qu'ils avaient mise était forcément un signe que notre enfant avait une chance de s'en sortir. Nous parlions déjà de l'organisation pour être auprès d'elle pendant les mois qu'il faudrait pour qu'elle guerrisse, nous imaginions déjà la prochaine rencontre avec sa grande soeur et je n'avais qu'un objectif: me battre pour elle.
L'apres-midi le medecin et le chirurgien demandèrent à nous voir. Dans cette salle de conférence, là où 3 jours plus tôt on m'expliquait que nos vies seraient transformées, on nous affirma qu'il n'y avait plus aucun espoirs... Il ne restait réellement plus que 6cm de grêle saint, le chirurgien avait retiré tout le grêle necrosé et avait laissé seulement 30cm de colon mis en stomie et proche de la nécrose. Mon bébé n'avait quasiment plus d'intestins...
Seul la sédation et une forte dose de Fentanyl lui permettait de ne pas souffrir et tout ces antidouleurs la contraignait au respirateur qui la maintenait en vie.
Aucune chance pour Emma de vivre et grandir.
Nous sommes partit de cet hopital. Nous avons crié, hurlé notre douleur. Nous avons prevenu la famille, les amis. Nous avons pleuré, nous avons lutté contre cet souffrance qui tombait sur nous...
Puis nous avons parlé durant des heures et avons décidé de passer un week-end avec notre enfant.
Lorsque nous sommes revenu auprès d'Emma nous avons demandé à voir le medecin et lui avons expliqué que nous souhaitions nous créer une histoire, un vecu avec notre fille. Nous souhaitions lui parler de nous, prier avec elle, lui chanter les chansons préféré de sa soeur et lui expliquer ce qui allait se passer. Le medecin décida que durant ce week end il levait pour nous les règles du service. Nous pouvions faire venir qui on voulait pour voir Emma, jour et nuit.
Ce fut le plus merveilleux week-end de ma vie de maman avec mon bébé...
(Suite demain)