Journal de bord de Babou[shka]. Journal d'une (re)construction. Journal d'une vie.
lundi 12 août 2013
L'histoire d'Emma: Insouciance (2/4)
Je repasse en boucle dans ma tête cette première soirée avec Emma. A quel moment s'est-elle mise à souffrir? Pourquoi n'ai-je rien vu?
Arrivée en chambre je suis restée des heures sans voir personne. Pas l'ombre d'une Sage-femme, encore moins d'une auxi puer. Mon bébé dormait tellement bien que je me suis dit qu'il était temps que je dorme aussi. Elle n'avait pas encore avalé une goutte de lait et je m'attendais à ce que son petit estomac réagisse dans la nuit. Pas de couches, pas de biberons et impossible de me mettre à dormir sans avoir tout sous la main.
J'ai sonné. Une fois, deux fois, trois fois et les heures ont défilé. Je me suis dit que c'était pas possible, ils n'avaient pas vu que la Sage-femme de la salle d'accouchement m'avait installée là!
J'ai ouvert la porte pour jeter un oeil dans le couloir. Calme plat, personne.
Impossible pour moi de me lancer à l'aventure pour rechercher quelqu'un en laissant mon bébé seul dans la chambre. J'ai hésité en la voyant si bien dormir, paisible, puis me suis dit qu'après tout on était dans le même bateau et qu'on partirait entre mère et fille ensemble à la recherche de quelqu'un. Je me rappele m'être excusé de la déranger, de l'avoir prit dans mes bras, embrassée et nous sommes partit toute les deux. La Sage-femme m'a vu débarqué d'un drôle d'oeil et après avoir expliqué ma situation, sans le moindre sourire, elle m'a dit qu'elle arrivait dans 5minutes.
De retour dans ma chambre, j'ai reposé Emma dans son berceau. Son visage n'était plus paisible. Ses sourcils étaient froncés, ses lèvres pincées et son front grimaçant.
"Vivement qu'ils arrivent ces fichus bibs, tu commences à avoir faim toi!"
Plus jamais elle n'a quitté cette expression de douleur.
C'est seulement 30mn plus tard que la Sage-Femme toujours aussi mal-aimable est arrivé. Emma avait déjà commencé à vomir trois ou quatre fois. Des glaires mélangé à des grumeaux jaunes.
Je lui ai aussitôt dit mais elle m'a dit en levant les yeux au ciel qu'elle avait bu un peu de liquide durant l'accouchement et que c'était pas un drame.
Durant toute la nuit Emma a vomi. De vrais vomissements, qui lui demandé des efforts. Les minutes passées et ce qu'elle rejetait devenait épais, vert. A 3 reprises j'ai sonné, demandant pourquoi c'etait vert, épais, aussi souvent. A 3 reprises la Sage-femme n'a pas dépassé le seuil de la porte me répondant sèchement que c'etait normal. A chaque fois qu'elle commencait à vomir je devais la relever pour ne pas qu'elle s'etouffe. Je savais qu'il y avait quelque chose, mais j'étais sa maman, et je me disais que je paniquais pour rien...
Au petit matin les vomissements se sont arrêté... Emma semblait totalement épuisée. Je me suis lancé à lui proposer un petit biberon mais rien qu'au contact de la tétine sur sa langue elle eu un haut le coeur.
L'Auxiliaire de Puericulture est passé. Je lui est raconté ma folle nuit. Elle m'a dit que la Sage-femme lui avait raconté mais devant le teint gris de mon bébé elle resta perplexe. Sa température était bonne mais sa fatigue sautait aux yeux... Elle me l'a mit en peau à peau et partit. Ce fut une catastrophe. Emma commenca a se recroqueviller de douleur. Son ventre la faisait souffrir. J'etais perdu et j'avais cette conviction profonde malgré tout ce qu'on me disait que tout ça n'etait pas normal.
Le sage-femme de la journée entra pour m'examiner. Il prit un bon moment pour parler avec moi au vu des difficultés que j'avais rencontré à la naissance de la Grenouille. On parla de Emma, cette revanche, cette petite fille qui allait changer mon rôle de maman et rattraper ce que je n'ai pas pu faire au tout debut de la vie de sa grande soeur. C'était Ma victoire.
L'interne en pediatrie arriva pour sa tournée du matin. Une personne absolument extraordinaire. Aussitôt elle comprit la douleur de Emma et m'expliqua qu'elle repasserait dans l'apres-midi voir où ça en était.
A peine fut elle sortit qu'Emma reprit à vomir, vert, réellement vert.
En début d'après-midi mon Namoureux et ma Grenouille arriva.
Ce fut le moment le plus magique de mon existence. La Grenouille n'avait jamais été aussi heureuse. Elle prit sa petite soeur dans les bras en disant "oh Maman! C'est mignon ça!" Elle compta ses petits doigts et la serra fort dans ses bras. Devant les grimaces de douleurs de Emma je calmais les ardeurs de ma grande et pourtant je sentais et voyais toute la douceur dans les gestes de ma Grenouille. Mon Namoureux sentit tout de suite mon inquiétude, et lorsque je lui raconta ma nuit, il me rassura sur mon coté "maman poule angoissée".
Le Sage-femme de la journée entra dans la chambre pour voir si tout allait bien et lorsqu il vit Emma dans les bras de sa grande soeur il prit le bebe et en tentant de ne pas nous alarmer expliqua à la Grenouille "je te rend ta petite soeur très vite, je la trouve un peu fatiguée je vais appeler le pédiatre
Emma est sortie, plus jamais elle ne reviendra dans cette chambre.
Plus jamais sa grande soeur ne la reverra. Jamais je n'aurai pu imaginer que pendant que nous prenions des tonnes de photos notre bébé était en train de mourir dans les bras de sa soeur...
Le Sage-Femme appela le pediatre au moment où elle se remit à vomir de plus belle cette substance verdatre. Il comprit. Les pediatres arriva, ils comprirent aussi. L'interne du matin entra dans ma chambre et m'expliqua que Emma allait partir en radio et Echo et que je pouvais l'accompagner et qu'elle, elle resterait avec moi.
Je suis sortie de cette chambre moi aussi, et tout comme mon enfant plus jamais je n'y retournerai...
En l'espace de 5 minutes notre vie venait de basculer du plus grand bonheur au moment le plus douloureux de notre existence.
(Suite demain)